Accueil » L'agence » Actualités » Mobilité : ce qui doit changer

Mobilité : ce qui doit changer

Article publié le mercredi 18 avril 2012

Passer du tout-voiture au « bouquet » de solutions, voilà sans doute la clé de la nouvelle mobilité. D’ores et déjà, de nouveaux concepts et services ont fait leur apparition.

“Selon vous, quel est le moyen de transport idéal ? » Réponse : « La voiture ! » Tel est en raccourci le résultats du « micro-trottoir » réalisé par l’AREHN à Rouen (voir ci-dessous), à l’occasion de la Semaine de la mobilité durable 2011. Oui, la voiture individuelle reste pour beaucoup d’entre nous un moyen de transport vertueux et son invention a véritablement révolutionné le XXe siècle. A tel point que, depuis une trentaine d’année, la mobilité totale urbaine (tous modes confondus) augmentait sans cesse. Mais voilà, depuis 2006, on constate une baisse de mobilité dans les agglomérations de Lille et Lyon, liée en grande partie à la baisse de la mobilité en voiture.

ecomo
Ces chiffres indiqueraient-ils la fin du système « tout voiture » ? Le transport individuel est clairement en crise tant les problèmes et impasses se multiplient : pollution routière, stress, accidents, temps perdu dans les embouteillages, etc. Dans toutes les grandes agglomérations françaises, les problèmes de transports sont récurrents. On n’a pas le choix, il faut trouver autre chose !

La mobilité, un système global

Une mobilité « durable » consisterait à repenser de manière fine nos pratiques en fonction des caractéristiques des déplacements à ecomobeffectuer (distances, horaires, lieux…). Elle s’attacherait à optimiser et à réduire nos besoins en mobilité individuelle. L’écomobilité ainsi définie est évidemment une modalité à responsabilité partagée : les réponses à cette problématique sont aussi bien individuelles que collectives, technologiques que comportementales. Pour Julien Daniel, chef de projet à La Crea, « la mobilité, qui n’est plus uniquement une question d’infrastructures, doit être appréhendée dans un système plus global, au travers de ses différentes facettes : l’urbanisme, la qualité de vie, la sociologie, la culture, la formation, l’économie… Cette approche amène donc naturellement de la complexité, compte-tenu du nombre d’acteurs touchés […].  C’est tout l’enjeu du Plan de déplacements urbains (PDU), document de planification qui permet d’inscrire dans le temps, d’une manière collective et en intelligence avec les réalités des contextes, la stratégie de la mobilité sur le territoire de La Crea ».

Moins pratique que la voiture

Les obstacles au changement restent nombreux. Selon Anaïs Rocci, sociologue, ils sont liés à la force de l’habitude, aux appréhensions face à l’inconnu, aux contraintes imaginées et perceptions erronées, ainsi qu’au manque de connaissances et de compétences en matière de mobilité. Près des deux tiers (65 %) des personnes qui utilisent leur voiture tous les jours envisageraient d’utiliser d’autres moyens de transport s’il était plus facile de passer d’un mode de transport à l’autre*. Ils seraient 52 % à le faire s’ils disposaient de meilleures informations (en ligne) sur les horaires, 47 % si les stations et arrêts étaient mieux aménagés et 38 % s’il était possible d’acheter les tickets en ligne. Près des trois quarts des Européens (71 %) et 66 % des automobilistes utiliseraient les transports publics plus fréquemment s’il était possible d’acheter un seul ticket valable pour tous les modes de transport public.
Si l’on en croit la même source*, les transports publics sont généralement perçus comme moins pratiques que la voiture : insuffisance des connexions, manque de fiabilité, fréquence de passage insuffisante… Beaucoup d’Européens appellent de leurs vœux une meilleure information, des tickets uniques accessibles via Internet, ou encore une intermodalité – passage d’un mode de transport à un autre – facilitée. Autant de pistes à explorer pour le développement de systèmes de transports plus performants…

* Sondage Eurobaromètre réalisé auprès de 25 570 citoyens européens des 27 Etats membres et publié le 24 mars 2011.

« Ne pas segmenter les fonctions »

Les collectivités territoriales ont un rôle particulièrement important à jouer en matière de mobilité. Par leurs politiques d’urbanisme et d’aménagement, elles organisent et répartissent les activités sur le territoire (infrastructures de transports, habitat, zones d’activité…). Leurs décisions sont d’autant plus importantes qu’elles impliquent des investissements de long terme dont les impacts s’inscriront sur les décennies à venir. Schéma de cohérence territoriale, plan local d’urbanisme, plan de déplacements urbains sont autant d’outils qui permettent la mise en cohérence entre l’urbanisme et la mobilité. « Dans une gestion urbaine durable, il est important de ne pas segmenter les fonctions, affirme Jean-Marc Gohier, de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Ainsi, sur le chemin du travail, on dépose les enfants à l’école, on fait ses courses… On se déplace aussi pour la restauration du midi. Se déplacer pour aller travailler, c’est donc tout un parcours que l’on peut qualifier de “chaînage” de la mobilité. »
Plan de déplacements

Une chose est certaine : changer nos comportements en matière de mobilité ne se fera qu’en groupe pour bénéficier d’un effet de levier. D’où l’importance d’outils tels que les plans de déplacements (entreprise, administration, établissement scolaire), les pédibus et vélobus.
Un exemple : Easy Mouv est le plan de déplacements interentreprises créé par le Club de la Vatine sur les quatre zones d’activité situées au nord de Rouen – la Vatine, l’Espace Leader, les Bocquets et la Bretèque. Son objectif est d’améliorer l’accessibilité des entreprises en favorisant les modes de transports alternatifs à la voiture individuelle. 330 entreprises ont la possibilité d’adhérer à cette démarche collective et volontaire.
Poursuivant un but analogue, La Crea encourage les entreprises et administrations à élaborer un plan de déplacements. Elle leur propose un réseau d’échanges et… une réduction de 15 % sur les abonnements de transports urbains de l’agglomération pour leurs salariés.

Nouveau : le conseil en mobilité

Un personnage nouveau apparaît : le conseiller en mobilité. Il lui revient de faciliter le passage à des modes de déplacements alternatifs à la voiture individuelle. Il fait la promotion des plans de déplacements et accompagne les démarches, fait émerger des solutions en fédérant les partenaires techniques… La liste est longue des publics auxquels il s’adresse : employeurs publics et privés, administrations, commerces, établissements d’enseignement, de soins, de loisirs, mais aussi habitants, salariés, élèves, touristes…
Dans le même esprit, Rennes Métropole a mis en place dès 2004 une mission de conseil en mobilité à destination des employeurs de son territoire, étendue aux scolaires en 2007. Résultat : une cinquantaine d’établissements, totalisant plus de 45 000 salariés sur les 200 000 de l’agglomération, sont aujourd’hui engagés dans un plan de déplacements entreprise (PDE). Marion Steunou, chargée du conseil en mobilité, témoigne de l’intérêt d’une telle démarche : « 26 % des salariés engagés affirment avoir changé de pratiques de déplacements depuis la mise en place du PDE, et la part de la voiture aurait diminué dans les mêmes proportions au sein des entreprises correspondantes. » Du côté des scolaires, 31 communes sur les 37 de l’agglomération comptent aujourd’hui au moins une école engagée dans une démarche type pédibus (autobus pédestre). Plus de 1 000 enfants utilisent ces dispositifs chaque année.
En Haute-Normandie, l’AREHN et l’Ademe ont lancé en 2010 le club écomobilité scolaire, un réseau regroupant établissements scolaires, parents d’élèves, collectivités locales, associations… Le club met à leur disposition des supports pédagogiques et méthodologiques, des outils éducatifs et de communication. Il les accompagne dans leur projet, organise des ateliers d’échanges et des visites. Ce travail commence à porter ses fruits puisque 46 démarches dans l’enseignement primaire ont été recensées dans des communes et 3 dans des intercommunalités. 35 lignes de pédibus ont été pérennisées pour l’année scolaire2010-2011 dans la région.

Arriver à l’heure !

Vous remarquerez qu’il est davantage question dans toutes ces démarches de pédagogie, méthodologie, éducation, organisation et communication que de mode de transport ! Le pédibus est typique à cet égard : « Un pédibus, c’est tout simplement un bus à pied ! Le conducteur est un parent accompagnateur, et les passagers sont les enfants. Le pédibus empreinte des lignes régulières et identifiées, avec des horaires comme un vrai bus à moteur, indique Robert Bouteloup, maire de La Bonneville-sur-Iton (Eure) et pionnier régional du pédibus. « Les objectifs du pédibus sont multiples. Le premier est de prendre en compte les problèmes de santé en proposant aux enfants un déplacement à pied, ce qui leur permet de faire un minimum de sport de plein air. Un autre objectif du pédibus est de limiter les transports et la pollution atmosphérique aux abords de l’école. Il donne l’occasion de redécouvrir la nature au fil des jours, tout au long de l’année, et le plaisir de marcher avec les copains et les copines, en toute sécurité. Enfin, le pédibus permet… d’arriver à l’heure ! ». Ajoutons que c’est un bon moyen pour les parents accompagnateurs de s’intégrer dans la vie locale et de créer des liens avec d’autres parents et enfants.

Un « capital mobilité »

Le secret de projets constructifs : faire participer les citoyens. Par exemple, la Communauté d’agglomération Seine-Eure a créé une commission « mobilité » au sein du Conseil de développement durable réunissant des acteurs de la société civile. On constate que si l’évolution des mentalités semble bien lente, elle est réelle. Anaïs Rocci, sociologue, nous donne quelques clés : « Avec les mesures coercitives (régulation de la voiture) et incitatives (développement de l’offre de transport), l’information et l’expérience apparaissent comme des leviers phares pour changer les comportements. […] Une information ciblée et personnalisée sera plus efficace, et un changement engagé de manière volontaire plus pérenne. D’où l’enjeu de développer des outils de management de la mobilité pour accompagner le changement, tels que le marketing individualisé. » Selon elle, tout semble s’organiser autour d’un « capital mobilité » qui se construit dès l’enfance, par l’apprentissage et l’expérience de certains modes de transport, l’éducation par la culture familiale… Cela confirme l’intérêt ce que fait, par exemple, l’association belge Pro Vélo en proposant un brevet cycliste qui permet aux enfants de 6e d’être autonomes sur la route. Evelyne Pinson, de l’association Avélo, s’inscrit dans cette même démarche d’initiation avec son réseau de vélo-écoles pour enfants et adultes en Haute-Normandie.
« Code de la rue »

Contre-sens cyclable (Photo : A.-S. De Besses).

Contre-sens cyclable (Photo : A.-S. De Besses).

Et on redécouvre la marche ! Le 15 septembre 2011, s’est tenu pour la première fois un colloque national consacré au développement de la marche en ville. Organisé par le Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (Certu), il a réuni de nombreux acteurs de la sécurité routière, de la santé, des transports, du développement durable. Il est ressorti des échanges que, pour développer les modes actifs tels que la marche et le vélo, le décloisonnement des approches et le rapprochement des acteurs sont nécessaires !
Inspirée de l’expérience belge, la démarche « code de la rue » constitue une avancée en France : elle vise un meilleur partage de l’espace public entre toutes les catégories d’usagers. Elle est à l’origine du décret n°2008-754 du 30 juillet 2008, qui grave dans le marbre le principe de prudence à l’égard de l’usager vulnérable. Il officialise le concept de « zone de rencontre ». Celle-ci, intermédiaire entre l’« aire piétonne » et la « zone 30 » du code de la route, renvoie à un usage de l’espace urbain plus convivial. Le piéton devient prioritaire. Le double sens cyclable est généralisé aussi bien dans les « zones 30 » que dans les « zones de rencontre ». Depuis juillet 2010, les collectivités doivent être en conformité avec ce principe. Les villes peuvent aussi étendre les double sens cyclables à la majorité ou à la totalité des rues en sens unique comme cela a été fait à Illkirch, en Alsace, ou à Grenoble.

Une solution radicale ?

L’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé a expérimenté dans neuf villes l’installation de panneaux directionnels indiquant les temps de parcours à pied ou à vélo et non plus les distances, pour favoriser la marche. 16 % des habitants des villes concernées par l’expérimentation ont déclaré avoir changé leur comportement : ils marchent plus, au détriment de leur voiture… Depuis novembre 2011, un kit de signalétique piétonne est proposé aux collectivités, comprenant notamment une charte graphique des panneaux, des outils de communication pour valoriser la démarche auprès des citoyens, un rappel des bénéfices des modes actifs d’un point de vue sanitaire et environnemental.
Enfin, si la mobilité pose tant de problèmes, et notamment la mobilité liée au trajet domicile-travail, pourquoi ne pas la supprimer totalement ?! Le télétravail, voilà une solution radicale pour éliminer les embouteillages, la pollution et le risque d’accident de la route ! Mais attention, ce n’est pas la panacée. Car des études indiquent que le télétravail total entraîner un risque d’isolement et donc de perte de lien social. Un paradoxe quand le but de l’écomobilité est, justement, d’améliorer les conditions sociales ! En revanche, un télétravail partiel, ajusté en fonction des conditions de circulations ou de parcours des personnels, semble une solution intéressante à intégrer dans un bouquet de solutions d’écomobilité. La voiture doit devenir un mode parmi d’autres, ni plus ni moins.

Ecomobilité en Haute-Normandie

Ecoquartier du Val d’Arquet à Dieppe : création d’une voie verte piétonne, apaisement de la circulation automobile (zone 30), convivialité de l’espace rue – les voiries tertiaires*** sont réduites à un sens unique et le stationnement sur rue y est impossible –, extension de la ligne de bus au cœur de l’écoquartier, mutabilité des espaces pour suivre l’évolution des besoins en stationnement.

Partage de la voirie sur le Barreau Malot aménagé par La Crea (agglomération rouennaise) à Franqueville-Saint-Pierre : transports en commun, piste cyclable, chemins piétonniers, parking-relais de 40 places pour inciter les utilisateurs à prendre le bus… Innovant, cet espace intègre différentes fonctions pour devenir un véritable lieu de vie.

*** Voirie locale desservant les habitations, commerces, activités…

Autopartage : dans le projet urbéco, l’entreprise assure l’encadrement et la formation du porteur du projet, ainsi que le portage juridique et institutionnel. La société se retirera ensuite au bénéfice de la structure qui aura été mise en place. L’autopartage permet à des abonnés de partager l’usage d’une flotte de voitures 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Une personne roulant moins de 10 000 km par an aurait financièrement intérêt à l’autopartage.

Covoiturage : le Département de Seine-Maritime propose aux Seinomarins le covoiturage comme alternative à l’ « autosolisme », via le site www.covoiturage76.net Deux aires de covoiturage d’une trentaine de places ont été créées.

Intermodalité : Atoumod simplifie la mobilité en Haute-Normandie. 15 « autorités organisatrices de transport » du territoire associent leurs compétences, leur savoir, leurs moyens. Une première en France ! Résultat :

  • un système billettique sur tous les réseaux de transport public ainsi qu’une carte à puce unique ;
  • une information multimodale proposée sur plusieurs médias (Internet en 2012, mobile par la suite) ;
  • une tarification avec un titre unique et avantageux pour un trajet intermodal.

Transport à la demande : dans l’Agglomération Seine-Eure, une des lignes du Flexibus (transport à la demande adapté à la desserte des zones excentrées ou à faible densité de population) a eu tellement de succès qu’une ligne régulière a été créée pour répondre aux besoins des habitants. Dans l’agglomération rouennaise, c’est Filo’r qui, depuis août 2011 répond aux demandes des « périurbains », les « rabattant » vers des lignes existantes.

Vélo station : service de location de vélos de courte et longue durée de La Crea. Cette formule convient aux personnes qui hésitent à acheter un vélo. Une subvention est proposée en fin de location pour l’achat d’un vélo neuf.

Mobilité et insertion : depuis 1994, IFAIR est un outil d’aide à la mobilité des personnes en insertion professionnelle. L’association localisée à Evreux et Louviers propose un ensemble de solutions transitoires qui conduisent à une autonomie durable de la personne, dans une perspective de développement durable.

Conciergerie équitable et durable : Facility Serv’ propose une large gamme de services aux adhérents du Club de la Vatine et à leurs salariés dans le but de leur faciliter la vie au travail et de réduire les déplacements. Elle fait appel aux commerces de proximité dans une logique de développement durable et fait participer les acteurs de l’économie solidaire.

Etablissement écoresponsable : dans son projet national de développement 2010-2015, le Centre national de la fonction publique territoriale affiche une mission de promouvoir la culture du développement durable dans ses formations et sa gestion, de soutenir les collectivités dans leur prise en compte des objectifs du Grenelle Environnement et d’être un modèle d’établissement écoresponsable. Dans le but de réduire les déplacements des stagiaires et des agents du CNFPT, il est prévu que les formations soient délocalisées.

Champ(s) d'action

  • Mobilité durable