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Bilan du colloque Trame verte & bleue du 7 novembre 2014

Article publié le mercredi 25 février 2015

L’AREHN et ses partenaires organisaient le 7 novembre 2014 un colloque sur la Trame verte et bleue, dans le cadre des 10e Journées des pratiques du développement durable. 180 personnes étaient accueillies dans les locaux du Département de l’Eure pour une journée riche en échanges. Dans cet article, nous vous présentons une synthèse – non exhaustive ! – de la journée.

Bilan du colloque Trame verte & bleue du 7 novembre 2014
Le Schéma régional de cohérence écologique (SRCE), approuvé en novembre 2014, va permettre d’engager des actions de terrain. Il nécessite la mobilisation des communes, des intercommunalités et des citoyens. La Haute-Normandie est une région très “fragmentée” – il existe de nombreux obstacles aux continuités écologiques tels que des autoroutes, des zones urbanisées, etc. – et qui a perdu une grande partie de sa biodiversité. La Trame verte et bleue (TVB), déclinée dans le SRCE, est un outil d’aménagement qui vise à préserver et reconstituer un réseau écologique garantissant aux espèces animales et végétales les conditions favorables à leur déplacement et à l’accomplissement de leur cycle de vie. Elle est également la garante du maintien des services gratuits rendus par la nature : pollinisation, lutte contre le ruissellement, cadre de vie agréable, épuration des eaux, etc.

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Les lois Grenelle ont introduit les continuités écologiques dans la réglementation : ” Les acteurs doivent prendre en compte les TVB régionales, éviter l’étalement urbain et respecter les continuités identifiées (les préserver et/ou les restaurer). ” La trame est constituée des réservoirs de biodiversité et des corridors. Les premières actions à mener consistent à traduire la TVB dans les documents d’urbanisme. Les acteurs pourront également mobiliser les outils déjà existants pour la mise en œuvre locale de la TVB (mesures agri-environnement, contrats Natura 2000, appels à projets, actions du Conservatoire d’espaces naturels, dispositifs de maîtrise foncière, etc.).

Un « corridor régional » n’est pas nécessairement un milieu physique, mais plutôt un espace de perméabilité (pour les plantes et les animaux). C’est plutôt à l’échelle communale que peuvent être identifiés les milieux supports de la continuité.

Sur la notion de « prise en compte » de la TVB, qui est peu opposable : il s’agit, lorsque la TVB peut être impactée par un aménagement, de la respecter au mieux ou bien de compenser les éventuels impacts.

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Les corridors sont constitués d’espaces relais, interstitiels : talus herbacé, haie, mare, bosquet, fossé, espace vert, jardin, petite prairie ou arbre isolé. La TVB, c’est la nature ordinaire ! C’est l’ensemble de ces petits milieux qu’il convient de préserver et auxquels s’ajoutent les réservoirs de biodiversité. Le guide « Ensemble, valorisons la Trame verte et bleue en Haute-Normandie » présenté lors du colloque est un guide pratique et pédagogique pour aider les collectivités et les acteurs du territoire à décliner localement les continuités écologiques.

Pierre Dhenin nous a fait part de son expérience d’une vingtaine d’années dans la métropole lilloise, où il a travaillé à la demande de Pierre Maurois, ancien maire de Lille, à la création de l’Espace naturel Lille Métropole.

Il s’agissait de « verdir » la métropole, dont l’image était plutôt mauvaise. Le projet, voté en 2004, a pu s’appuyer sur les espaces peu ou pas urbanisés situés au sud-ouest de Lille et qui sont devenus le Parc de la Deûle. Ces espaces étaient, de plus, très pollués.

Les objectifs de la métropole verte étaient de créer un réseau d’espaces naturels, améliorer la qualité paysagère, constituer des continuités écologiques, protéger, gérer et restaurer les espaces naturels.

Pierre Dhenin, directeur d’Espace naturel Lille Métropole et grand témoin de la journée, a su faire passer des messages forts qui vont nous aider à construire nos projets régionaux et locaux de Trame verte et bleue (TVB) :

  • Communiquer et convaincre est essentiel.
  • Associer nature et culture, nature et économie pour faire passer les projets. Et éviter les mots qui fâchent… comme “écologie”.
  • Communiquer avec les habitants et tisser des liens avec eux. Utiliser pour cela les artistes.
  • Il faut une surface de territoire suffisante. Ne donnons pas trop d’importance aux “spots” (points où la biodiversité est exceptionnellement riche).
  • Nous devons être très humble et notre devise “s’engager d’abord”. On a besoin de mettre la barre haute pour ne pas qu’elle tombe bas. Il ne faut pas se contenter de “verdir ce qui reste de nature”. Il faut aller plus loin que ne l’exige la réglementation.
  • La concertation, c’est être d’accord sur comment faire et comment faire bouger les choses.
  • Travailler avec les agriculteurs et les convaincre. Il faut penser que l’agriculture est favorable à la biodiversité et que la biodiversité va être source de revenus pour l’agriculteur. Il va récupérer plus d’aides et améliorer son image auprès des acheteurs importants.
  • Dans une démarche TVB, il faut essayer de faire participer tout le monde, y compris les non-convaincus. Tout le monde doit y gagner. Mais attention aux aspects sociaux : l’amélioration du cadre de vie consécutive aux démarches de type TVB augmente la valeur locative localement (exemple : + 88 % en 3 ans dans un endroit de la métropole lilloise). La Trame verte et bleue, c’est l’affaire de tous et c’est gagnant-gagnant. Nous devons tous gagner, il faut donc se poser la question ensemble : Que va-t-on gagner ?
  • Les messages positifs sont plus efficaces que les interdictions. Dans certaines prairies fleuries, nous mettons ce type de message « vous pouvez cueillir ». Cela sous-entend : « ailleurs, il ne faut pas cueillir » !

La fréquentation des espaces naturels de la métropole lilloise a énormément augmenté, ce qui pose des problèmes. S’il faut tondre le long des allées et cheminements, pour le confort des usagers, il faut aussi créer des obstacles discrets pour canaliser le public (“murs” de bois mort, arbustes épineux comme les ronces, aubépines, prunelliers…).

La motivation des usagers des espaces naturels change avec les années : ils veulent de plus en plus “découvrir la nature”, ce qui est différent de “voir des animaux”.

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Voici quelques autres idées complémentaires égrenées au fil des débats.

L’observation permanente par les naturalistes est nécessaire, grâce à un réseau associatif qui doit être financé. La participation des citoyens est également utile.

La mise en place d’une ceinture verte, c’est le projet qu’a retenu la commune de Bretteville-du-Grand-Caux. Le bourg est assez regroupé. L’église en est le centre et est comparable au moyeu d’une roue dont les rayons sont les routes. Le manque de liaisons entre ces voies a été le point de départ de la réflexion qui a abouti à la constitution d’une réserve foncière de 5 mètres de largeur autour des zones urbanisées et à urbaniser. Ensuite est née une réflexion sur des plantations et un grand clos masure…

Le Département de Seine-Maritime a mis en place une politique “Trame bleue” – aides techniques et financières – portée par la Cellule d’assistance technique à l’entretien des rivières (Cater). L’objectif est de préserver et restaurer la qualité et la fonctionnalité des cours d’eau seino-marins, des zones humides et de la biodiversité associée. L’ambition est la restauration de la continuité écologique.

La renaturation de la Fontenelle.

La renaturation de la Fontenelle.

Dans le domaine des bonnes pratiques en matière de trame bleue, l’accent a été mis sur la renaturation des cours d’eau comme celle du Fouillebroc, démarche exemplaire menée dans le Département de l’Eure par le Syndicat intercommunal du Bassin de l’Andelle. Les travaux – financés par l’Agence de l’Eau Seine Normandie et le département de l’Eure – ont permis au cours d’eau de retrouver ses fonctionnalités et un bon état écologique sur la partie travaillée et servent d’exemple pour l’ensemble de la vallée de l’Andelle. La continuité piscicole et sédimentaire sur le site a été restaurée.

Le Grand Evreux Agglomération (GEA) a été lauréat en 2013 de l’appel à projets “Intégration de la biodiversité dans les stratégies locales de développement forestier” lancé par le ministère du Développement durable, dans le cadre de la stratégie nationale de la Biodiversité. L’objectif du projet est d’améliorer la prise en compte de la biodiversité dans la gestion forestière en permettant aux propriétaires forestiers l’accès à une meilleure connaissance des habitats et espèces présents sur leur propriété ainsi que la diffusion d’itinéraires de gestion privilégiés favorisant à la fois la production de bois de qualité et assurant la préservation de la biodiversité. Outre l’apport d’informations aux propriétaires privés, le GEA souhaite intégrer des informations sur les trames dans les documents d’urbanisme tels que le SCOT.

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La forêt privée représente les trois-quarts des surfaces forestières de la région, mais seulement 34 % de la récolte de bois. Ce qui laisse sous-entendre qu’elle est peu exploitée donc très naturelle

Les forestiers privés utilisent un indice de biodiversité potentielle (IBP), un outil simple et rapide :

  • pour évaluer la capacité d’accueil d’un peuplement forestier pour les êtres vivants (plantes, oiseaux, insectes…),
  • et pour diagnostiquer les points d’amélioration possible lors des interventions sylvicoles.

L’IBP a été conçu pour que le gestionnaire forestier puisse ainsi facilement intégrer la biodiversité taxonomique ordinaire dans sa gestion courante.
Pour en savoir plus : http://www.foretpriveefrancaise.com/ibp/

La Métropole Rouen Normandie, quant à elle, a lancé un programme “Mares” qui vise à localiser et caractériser de façon systématique tous les points d’eau du territoire métropolitain (930 actuellement), inventorier les mares jugées prioritaires pour leur rôle en matière de biodiversité ainsi que les mares communales, mettre en évidence les connexions existantes ou à restaurer entre les mares pour maintenir la continuité écologique.

Ses objectifs sont de mieux connaître le réseau de mares du territoire et son fonctionnement afin notamment de le prendre en compte dans les documents d’urbanisme, sensibiliser les propriétaires de mares sur les bonnes pratiques de gestion de ces espaces, devenir exemplaire sur les espaces publics afin notamment de favoriser leur valorisation pédagogique, aider techniquement et financièrement les communes qui souhaiteraient réaliser des travaux de réhabilitation et de création de mares sur leur territoire. Ainsi, la commune de Roncherolles-sur-le-Vivier est un partenaire actif de la Métropole Rouen Normandie. Un travail d’accompagnement vis-à-vis des habitants est également proposé.

Bilan du colloque Trame verte & bleue du 7 novembre 2014

En 2013, le Département de l’Eure a réalisé une étude sur les bermes routières et l’incidence de leur gestion sur les parcelles agricoles voisines ou la propagation d’espèces envahissantes.

En voici les principales conclusions :
–    199 espèces végétales ont été inventoriées dans les zones échantillons de bermes routières, dont 3 “très rares”, 9 “remarquables” et 2 “à problèmes” ;
–    il y a peu ou pas de développement de végétaux ligneux (arbres) hors zones forestières ;
–    il n’y a aucune corrélation (sauf ponctuelle) entre la végétation des bermes routières et l’éventuel envahissement des parcelles agricoles ou le développement d’espèces indésirables ;
–    les bermes routières contribuent clairement à la préservation de la biodiversité.

Dany Minel, maire de Mesnières-en-Bray, nous fait part de son témoignage sur la gestion différenciée des espaces verts. La végétation spontanée des talus embellit le village, labellisé « village fleuri ». Mais il faut expliquer la démarche aux habitants, ainsi qu’aux agents : changements de pratiques, inquiétudes quant aux effectifs des services techniques.

La TVB doit également être prise en compte dans les projets d’aménagement de zones d’activités ou d’entreprises. A Thuit-Anger, grâce à une volonté politique forte, la Trame verte et bleue a été prise en compte dans les documents d’urbanisme, d’une part, et dans la conception et la réalisation de la zone d’activités, d’autre part.

 

Bilan du colloque Trame verte & bleue du 7 novembre 2014

Bilan du colloque Trame verte & bleue du 7 novembre 2014L’équipe d’animation pluridisciplinaire du Conservatoire d’Espaces naturels Haute-Normandie accompagne les collectivités dans la mise en œuvre de la Trame verte et bleue en identifiant les enjeux biodiversité du territoire, en aidant à l’élaboration des documents d’urbanisme , en gérant, restaurant et valorisant les espaces naturels. Elle propose, dans un premier temps, de réaliser un diagnostic gratuit. Le Conservatoire accompagne ainsi la commune de Grosley-sur-Risle dans l’élaboration de son plan local de l’urbanisme.

L’Agence de l’eau Seine Normandie est également un acteur incontournable de la mise en œuvre de la trame bleue. Dans le cadre de son Xe programme (2013-2018), l’Agence accompagne techniquement et financièrement l’animation, les études et travaux sur les milieux aquatiques (rivières, zones humides, mares, plans d’eau…).

La réalisation d’un plan de communication est une étape obligatoire dans toute politique en faveur de la biodiversité. Que ce soit en matière de trame verte et bleue, de 0% phyto ou de gestion différenciée, cette communication se doit d’être engageante, vulgarisée et pragmatique. Ainsi, l’AREHN met à la disposition des acteurs une exposition grand-public “Trame verte et bleue” qui propose une découverte des continuités écologiques terrestres et aquatiques de Haute-Normandie, issues en grande partie de la transformation du paysage par l’homme. Elle s’arrête sur les dispositions règlementaires nouvelles, le Schéma de cohérence écologique régional, permettant de mettre en place des politiques de préservation de ces milieux, et détaille les moyens d’actions possibles sur les milieux emblématiques de la région (mares et cours d’eau, zones humides, forêts, espaces agricoles, espaces urbanisés).

D’autre part, l’AREHN a pour projet de réaliser une exposition photos déclinée pays par pays, illustrant la Trame verte et bleue locale et valorisant la faune et la flore. Le format poster permettra une diffusion large et les élèves du secondaire seront les cibles prioritaires. La première exposition sera réalisée pour le Pays de Bray. L’AREHN recherche des territoires susceptibles d’être intéressés par cette exposition.

Enfin, la mise en œuvre de la TVB nécessite d’associer les habitants à la démarche. La Métropole Rouen Normandie a lancé, en mai 2013, un Club des jardiniers. Il regroupe des jardiniers volontaires résidant sur le territoire de la Métropole et a pour objectif de promouvoir les pratiques de jardinage durable et de soutenir les jardiniers souhaitant s’engager ou approfondir cette démarche. Actuellement, ce sont environ 400 adhérents et 77 relais de bonnes pratiques qui sont intégrés au dispositif.

En guise de conclusion, reprenons une phrase de Pierre Dhenin : « la TVB est un lieu privilégié de travail interdisciplinaire. Il faut casser l’approche par « zoning » (immeubles, commerces…), la biodiversité est partout !

 

Liens utiles :

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Guide « Ensemble, valorisons la Trame verte et bleue
Centre de ressources national Trame verte et bleue
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Champ(s) d'action

  • Biodiversité